Préambule
Depuis le début de son travail, notre équipe
est confrontée à un problème crucial
: comment transmettre son savoir-faire à d’autres
? En effet, l’apprentissage de l’interculturel
nécessaire à une prise en charge de bonne qualité
des patients migrants ne peut pas se faire seulement par des
lectures ou en assistant à des cours théoriques.
Or, notre objectif serait que peu à peu, tous nos partenaires
aient acquis suffisamment de repères et d’expérience
pour traiter seuls et dans les meilleures conditions la grande
majorité des patients qu’ils rencontrent, ne
faisant appel à nous que dans des cas particulièrement
difficiles.
Nous avons donc choisi de mettre en place un cadre qui oblige
les participants à se décentrer, à perdre
leurs repères et par là même à
avoir un regard différent sur leur propre pratique
et leurs patients.
Cette démarche oblige l’équipe hospitalière
à s’extraire pour un temps de son hypertechnicité
pour s’ouvrir à un univers qui lui est à
priori totalement étranger : celui de son patient,
de son histoire, de sa culture, de ses représentations.
Cette action profite à la fois aux professionnels qui
se forment peu à peu au fil des ans, mais aussi et
surtout aux patients qui leur posaient des problèmes
de suivi.
L’idée de cette action est de sortir du présupposé
que « seul un noir peut soigner un noir car ils partagent
une même culture », tout le monde peut soigner
tout le monde et établir des relations thérapeutiques
d’excellente qualité à condition d’accepter
de tenir compte du malade dans sa globalité (médicale,
sociale, familiale et culturelle), et d’avoir reçu
une formation lui permettant de savoir établir des
liens entre son propre univers médical occidental et
celui des représentations de ses patients.
Pour de nouvelles relations Nord-Sud,
ou faut-il dire Sud-Nord ?
Les actions d’URACA sont des actions de solidarité,
de partage des savoirs, et des cultures dans un climat de
respect mutuel. Ce réel partenariat entre la France
et l’Afrique est porteur d’espoir, car il implique
une égalité entre les partenaires et un échange
authentique.
L’équipe de Baani zumbu kabu
izé
Baani Zumbu Kabu Ize est une association dendi d'initiés
spécialisés dans les thérapies par la
danse de possession. Le nom de L’association Baani Zumbu Kabu
Ize signifie :
"pour que vivent les enfants de Kabu"
; Kabu étant L’arbre originel, on en utilise les pouvoirs
dans L’initiation et chacune des parties : feuille, branche
ou fleur, correspond à un "esprit" particulier
que L’on attribue à un initié. Cette association
est déclarée et officiellement reconnue par
l’état béninois. Nous travaillons avec
elle depuis plus de 10 ans maintenant.
C'est en partenariat avec cette équipe de guérisseurs
que L’URACA a pu mener à bien ces expériences
innovantes de partenariat entre le monde soignant occidental
et L’univers thérapeutique africain. Ces tradipraticiens
sont de culture dendi.
Bref aperçu des Dendi et
de leur tradition
Les Dendi sont un sous-groupe des Djerma-Songhaï qui
vivent sur une zone couvrant le Niger, le Bénin, le
Burkina et le Mali. Le nom de L’association Baani Zumbu Kabu
Ize signifie : "pour que vivent les enfants de Kabu"
; Kabu étant L’arbre originel, on en utilise les pouvoirs
dans L’initiation et chacune des parties : feuille, branche
ou fleur, correspond à un "esprit" particulier
que L’on attribue à un initié.
La religion traditionnelle fait référence à
un panthéon d'esprits qui forme une véritable
société spirituelle à L’image du panthéon
des dieux grecs.
Ces "esprits", les Foley, sont les fils de Sidi
Koy (celui qui est invisible). Ils appartiennent à
trois grandes familles: la famille de Hara Koy, le Génie
de L’eau, la famille de Béné Koy, le Génie
du ciel et la famille de Marou, L’esprit de la terre. A L’image
des familles humaines chaque esprit a son caractère
propre, son savoir-faire qui dépendent en partie de
sa lignée. On fait appel à Hara Koy pour la
pluie, à Béné Koy pour éviter
les catastrophes naturelles et à Marou pour L’agriculture
ou la chasse. Cependant, le rôle des uns et des autres
se superposent dans une complexité qui n'est déchiffrable
que par les seuls initiés.
Les Foley utilisent le corps des initiés pour parler
au groupe au cours des danses de possession. Les musiciens
jouent la musique de " l’esprit", et chantent
son histoire. Ils appellent tour à tour tous les membres
de sa famille pour L’inciter à venir. Dans le même
temps, les initiés dansent les pas symbolisant chaque
membre de la famille de L’esprit.