| |
Groupes de parents relais
originaires d’Afrique sub- saharienne
Ce projet est né en 1999. Il s’agissait
de constituer des groupes de parents, animés par des
leaders appartenant à la même communauté,
et d’interroger l’éducation des enfants,
la situation d’être parents migrants d’enfants
nés en France.
L’objectif principal est d’aider les parents originaires
d’Afrique sub-saharienne dans leurs relations avec leurs
enfants et avec les institutions liées à l’éducation.
Deux groupes se sont impliqués dans cette action :
•
Un groupe de 13 pères (soninké, peul,
bambara…) dirigé par Mr Mamadou DIARRA
•
Un groupe de 33 mères (mandingue) dirigé
par Mme Aïssatou GNABALY.
En 2004, un troisième groupe est né, constitués
de jeunes (16-25 ans) de la seconde génération
qui apportent leur regard, leurs interrogations sur une situation
particulièrement complexe ; groupe animé par
Mr DIARRA.
Nous avons choisi de créer des groupes de pères
et de mères séparés, dans la mesure où
en Afrique noire, la société est ainsi divisée
: chacun des deux sexes occupent des espaces séparés
et partagent les temps de discussion – entre hommes
ou entre femmes.
Le questionnement concernant l’éducation des
enfants implique bien évidemment d’aborder d’autres
thématiques telles que la vie du couple, la place de
l’argent dans la famille, les problèmes sociaux
rencontrés, les représentations que ces familles
ont de la société française et de ses
institutions.
Après les réunions de chacun des groupes, un
temps d’échange et de réflexion est organisé
avec notre psychologue, Mme Guittonneau. Ce temps permet d’explorer
de façon plus précise les différentes
significations des propos recueillis. Cet échange permet
ainsi aux animateurs de mener une double réflexion
– sur leur groupe – sur l’autre groupe,
sur les paroles et les fonctionnements différents.
Cette réflexion sur deux niveaux vise une plus grande
distanciation vis-à-vis des problématiques abordées.
Chacun des animateurs utilise ensuite l’interrogation
menée dans cet échange pour faire avancer la
réflexion au sein de son groupe, pour introduire un
décalage dans ce qui apparaît comme des évidences.
L’important dans ce travail auprès des parents
et des jeunes est bien de pouvoir dépasser la seule
visibilité des comportements de leurs enfants (échec
scolaire, non obéissance…) pour peu à
peu interroger le sens de ce qui se joue entre parents et
enfants.
Le thème de la honte a ainsi occupé de nombreuses
discussions au sein des deux groupes de parents qui sont persuadés
que leurs enfants ont honte d’eux. Cette thématique
s’est trouvée éclairée par l’exemple
d’un enfant de 6 ans, relaté par l’animatrice
du groupe des mères. Les parents de cet enfant, mandingues,
lui parlent essentiellement cette langue. Alors qu’il
comprend et parle le mandingue, sa mère note que lorsqu’ils
sont au dehors du domicile, il ne lui répond pas, jusqu’au
moment où elle s’adresse à lui en français.
La première pensée de cette mère a été
« que se passe-t-il ? Il a honte de moi ? » Mais
heureusement, elle n’en est pas restée à
cette hypothèse et lui a posé la question. L’enfant
lui a alors répondu « mais maman, c’est
privé, ça ! »
Ainsi, cet enfant montre-t-il l’écart qui surgit
entre les deux générations : la langue maternelle,
évidente pour les parents, devient pour les enfants
une langue privée, langue des affects…. Si honte
il y a, ce n’est pas de ce que sont ses parents mais
du fait que quelque chose d’intime se trouve révélé
sur la place publique. On peut d’ailleurs faire lien
avec ce que disent les enfants, en grandissant, à leurs
parents concernant les petits noms « ne m’appelle
plus comme ça devant les copains, sinon c’est
la honte ! »
Nous avons souhaité utiliser cet exemple édifiant
dans les deux groupes pour aborder autrement la question de
la honte et permettre à ces parents de la travailler.
Toutefois, il est apparu plus complexe d’aborder cette
question dans le groupe des pères que dans celui des
mères. Ces pères semblent être dans une
souffrance telle qu’il leur est extrêmement difficile
de reconnaître l’existence en eux d’un tel
sentiment.
|
|