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Le constat de départ
A L’heure où L’épidémie du sida touche
les communautés africaines de plein fouet, comme le
montrent les dernières données de L’Institut
de Veille Sanitaire montrant qu'ils constituent 50% des nouveaux
cas diagnostiqués en France, la prévention reste
une priorité absolue.
L’heure est donc plus que jamais à la mobilisation
de tous avec comme objectif la prévention, le dépistage
et la prise en charge précoce de ces patients qui ne
se soignent qu'une fois gravement atteints.
Selon les données de L’ORS la proportion de personnes
d'origine étrangère touchée par le HIV
est passée de 30.6% en 1997 à 56.2% en 2002.
De plus, la proportion des femmes touchées est passée
de 20% en 1998 à 42% en 2002, quant aux hommes, les
chiffres sont passés de 9% à 16%.
La lutte contre l’épidémie du Sida reste
donc L’objectif central de notre association.
En 2005, on estime qu'on découvre chaque année
la séropositivité de 280 femmes étrangères
(Dont la grande majorité est originaire d'Afrique sub-saharienne
et réside en Ile de France). C’est pourquoi,
2005 a vu naître une nouvelle action : « les femmes
africaines disent non au sida ».
La méthodologie
Notre méthodologie est communautaire. Cela signifie
que les acteurs engagés dans cette action le font au
sein de leur propre groupe communautaire. Ils en connaissent
donc les codes, les modes de fonctionnement et savent utiliser
les ressorts culturels pour faire passer le message de prévention.
Ils sont partie prenante du réseau des associations
villageoises et des différents groupes formels ou informels
qui composent la mosaïque des africains immigrés
en région parisienne.
L’outil primordial est l’utilisation de la parole,
de la palabre à l’africaine. Les techniques d’intervention
reposent sur les éléments culturels et les dynamiques
propres à chaque lieu et à chaque groupe rencontré.
Nous adaptons aussi notre discours en fonction de l’âge
et du statut de la personne que nous avons en face de nous.
L’expérience de prévention du sida nous
a fait privilégier cette approche, avec l’utilisation
des palabres à l’africaines et des relations
à plaisanterie (véritable système de
communication en Afrique de l’ouest), qui nous permet
d’approcher un large public et d’aborder de multiples
sujets : de faire émerger des problématiques
qui resteraient inapparentes dans le cadre d’échanges
trop formels.
Faire partager son expérience est aussi un des éléments
importants de la prévention : régulièrement,
les intervenants s’appuient sur un exemple pour faire
démarrer la discussion.
1. La prévention à
L’accueil social d'URACA
Nous avons réalisé que le public reçu
dans notre association dans le cadre de l’accueil social,
est fortement concerné par cette maladie. Dans le bureau
où nous recevons les personnes, une calebasse remplie
de préservatifs est posée sur la table. Les
gens se servent souvent en cachette, rarement au vu de l’accueillant.
Le contenu de la calebasse disparaît toujours. La présence
de cette calebasse permet à la personne reçue
d’évoquer facilement la maladie.
A l’origine, ces personnes viennent pour une demande
d’aide sociale ou sanitaire (papiers, accès aux
soins) pas pour communiquer autour de la maladie, nous introduisons
ce sujet au cours des discussions. Selon l’âge
et le statut de la personne rencontrée, nous adaptons
notre discours.
2. La prévention dans le quartier
de la goutte d'or
Certains endroits sont spécifiquement choisis car ils
sont fréquentés préférentiellement
par des femmes africaines, comme les ateliers de tailleurs
et les bijouteries. Elles y viennent de toute la région
parisienne, faire leurs courses, chercher leurs vêtements,
se faire coiffer, etc. Notre animateur de prévention
y va en visite, s’installe et lance la discussion avec
les personnes présentes choisissant le moindre prétexte
pour lancer la palabre à l’africaine.
L’animation de ces ateliers dans des lieux de rencontres
informels a certaines implications spécifiques. Ce
sont des palabres menées en direction des femmes dans
des endroits où elles aiment venir et dans lesquels
elles passent souvent de longs moments, pour bavarder, pour
retrouver l’atmosphère du pays. Ces endroits
sont mixtes, les couturiers ou les vendeurs sont en général
des hommes de même que notre animateur. Cela aboutit
à une circulation de la parole entre hommes et femmes
sur un sujet souvent difficile à évoquer dans
le couple. L’un des intérêts de cette action
est de donner aux femmes la possibilité de discuter
avec des hommes, de réfléchir aux façons
d’aborder les problématiques et la négociation
dans le couple. Cela peut les aider grandement ensuite avec
leur mari ou leur partenaire.
Une discussion dans un groupe mixte ou dans un groupe unisexe
ne se déroulera pas de la même façon et
n’abordera pas les mêmes thèmes.
Dans les ateliers de couture
C’est une clientèle féminine à
laquelle s’ajoute les couturiers et des visiteurs de
passage. Ce sont des endroits où les gens viennent,
restent et bavardent pendant plusieurs heures en attendant
que le couturier ait fini et parfois jusqu’à
la fermeture. Les propos s’échangent librement
entre les hommes et les femmes, les couturiers ayant une place
à part dans les sociétés africaines.
Ils sont considérés comme étant très
proches des femmes.
Dans les restaurants et les bars
Ce sont des clientèles mixtes associant hommes et femmes
et en particulier certaines femmes prostituées occasionnelles
dans certains restaurants du quartier. Ces bars sont alors
un endroit de fréquentation privilégié
des hommes venant à leur rencontre. Les échanges
sont faciles car l’atmosphère est détendue.
Ce public est très demandeur de préservatifs.
Dans les magasins: bijoux, tissus, poisson
Ce sont également des endroits où les clients
et les amis viennent et restent pour bavarder. Le quartier
de la goutte d’or permet ainsi aux communautés
africaines de toute l’île de France de venir se
retrouver entre frères sociaux au moment d’aller
ses courses. C’est un bain d’Afrique que vient
surtout rechercher la clientèle.
Dans les salons de coiffure et les laveries:
Lieux privilégiés de rencontre des femmes, elles
y passent de nombreuses heures à bavarder en attendant
que le travail soit terminé.
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