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4. Le défaut d’observance
est actuellement le motif le plus fréquemment rencontré.
Les problématiques sont diverses: précarité
socio-économique, prise des traitements devant d’autres
personnes (en foyer par exemple), de simples incompréhensions
existent, ou une lassitude à prendre des traitements
à vie dans un contexte où la médecine
coloniale a habitué les Africains à des traitements
rapides souvent sous forme d’injections. Les notions
de maladie chronique sont difficiles à faire admettre.
Il existe une problématique plus en profondeur : le
patient refuse le traitement parce qu’il refuse le diagnostic
même s’il dit le contraire, ce diagnostic n’a
pas de sens pour lui. La solution dans ce cas n’est
pas du ressort de la médiation, mais il faudra faire
comprendre à l’équipe qu’une prise
en charge ethnopsychiatrique est nécessaire.
5. Des situations d’incompréhension
et d’arrêt de traitement existent lorsque le patient
se sent mieux, surtout si le médecin lui annonce
que la charge virale est indétectable. Si l’explication
de ce que représente la charge virale n’a pas
été faite avant même la mise sous traitement,
le malade comprend souvent qu’il est guéri et
pense qu’il n’a plus le virus, d’autant
que le médecin ajoute « vous allez très
bien ». Il arrête donc de se soigner. Il convient
alors de lui expliquer en détail la logique médicale.
6. Il arrive de plus en plus que des
patients ne soient pas mis sous traitement au moment de la
découverte de leur séropositivité
car leur état ne le nécessite pas. Cela peut
être vécu comme un racisme de la part des médecins
qui refusent de soigner les africains, ou cela peut aussi
être interprété comme : « le médecin
a vu ma mort, et a pensé que ce n’était
pas la peine de me soigner car je suis fini(e) ».
7. Les femmes désirant avoir
un enfant peuvent se heurter à l’opposition des
équipes. Les femmes africaines surmontent cette
difficulté en mettant les médecins devant le
fait accompli et il n’est pas rare, encore maintenant,
que le médecin leur conseille d’avorter. Il s’agit
alors de faire comprendre au médecin que c’est
peine perdue de s’opposer à ce désir chez
une femme africaine, par contre qu’il est intéressant
de négocier avec la femme le meilleur moment pour elle
d’avoir un enfant.
8. L’interdiction d’allaiter
peut également poser des problèmes. Le
lait maternel comme le sang étant un véhicule
chargé de symboles entre la mère et l’enfant,
le visible et l’invisible. Il convient alors d’expliquer
à la mère le danger pour son enfant et de l’aider
à trouver des solutions culturellement acceptables.
Ces quelques exemples aident à comprendre pourquoi
il est important que les prises en charges soient globales
et tiennent compte des cultures de chacun. Les médiateurs
interculturels sont pour cela au service des équipes
soignantes.
L’école et les familles
face à face
Les médiations entre les institutions ayant les jeunes
en charge et leurs familles constituent un champ nouveau d’intervention.
Celui-ci est d’autant plus important que nous assistons
en ce moment à une radicalisation des positions des
familles en raison de l’intensité de la souffrance
ressentie face aux difficultés de leurs enfants. Cette
réalité conduit souvent à des conflits
qui peuvent être violents avec les écoles et
les institutions. D’autant que celles-ci ont des difficultés
à appréhender la réalité du vécu
de ces familles.
Un travail est indispensable des deux côtés si
l’on veut tenter de résoudre ce problème
: du côté des parents, mais également
de celui des professionnels de l’éducation. Il
s’agit de comprendre que ces enfants ne peuvent exister
indépendamment de leur histoire. Bien souvent, les
instituteurs disent «cela n'est pas notre rôle,
nous ne sommes pas des psychologues ». Nous ne leur
demandons pas d'être psychologues, mais tout simplement
d’accepter de prendre en compte la réalité
de ce qui fait l’histoire et la vie quotidienne de ces
enfants.
Le travail doit être également fait en direction
des parents qui, bien qu’étant en France se croient
toujours en Afrique dans leur tête : ils ont beaucoup
de difficultés à comprendre que le modèle
éducatif dans lequel ils ont grandi n’est pas
adapté à la vie en France, et il leur est difficile
de suppléer à la carence de la famille élargie
et de l’éducation par le groupe et par les pairs.
Ces médiations représentent une lourde charge
de travail car elles sont particulièrement difficiles
à réaliser.
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