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L’assemblée
des femmes |
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La naissance du groupe
A la fin de l’année 1995, s’est mis en
place un projet appelé « L’assemblée
des femmes solidaires contre le SIDA ». Le but de cette
assemblée est d’apporter aux femmes africaines
un recours à leur isolement, à leurs difficultés,
qu’elles soient liées au déracinement,
à la maladie (VIH), à leurs histoires personnelles,
aux difficultés de la migration ou à leurs conditions
de vie.
L’objectif de ce groupe est de rompre l’isolement
majeur des femmes africaines en recréant au cœur
de Paris l’atmosphère d’une concession
africaine. Des femmes aux parcours très divers peuvent
se rencontrer, échanger, se soutenir mutuellement.
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Chacune
vient à URACA pour des motifs qui lui sont propres,
et sont inconnus des autres ce qui évite toute stigmatisation.
En effet, la confidentialité est un élément
essentiel pour que le groupe puisse fonctionner et perdurer.
La plupart des femmes intègrent ce groupe dans un moment
de grande souffrance, quelle qu’en soit la nature. |
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Cela
constitue alors pour ces femmes un espace sur lequel elles
peuvent s’appuyer, qui se révèle rassurant,
contenant pour chacune d’elles. Beaucoup de ces femmes
sont arrivées en France avant la naissance de leur
premier enfant. Elles n’ont donc pas pu être guidées
dans leur vie de femmes, de mères par le groupe des
mamans. Aussi, l’assemblée des femmes qu’elle
retrouvent à URACA apparaît-il comme un substitut
maternel.
Chaque femme peut trouver une place culturellement identifiée
et reconnue dans le groupe. Ainsi, le fait d’avoir repris
place dans un groupe, valeur essentielle d’une société
qui ne considère l’individu que dans son appartenance
à une communauté, leur permet d’émerger
peu à peu du marasme dans lequel elles se trouvaient,
et, dans un deuxième temps certaines peuvent alors
envisager la recherche d’une formation, d’un travail
et aboutir dans leur projet.
Un jour une femme dit à l’animatrice : «
Quand je viens ici, je retrouve un peu l’Afrique, il
y a beaucoup d’africaines, rien que de les voir, je
suis contente, rassurée, même si des fois, nous
ne parlons pas la même langue. »
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Les
rencontres du samedi
A l’origine, ce projet était centré sur
les rencontres du samedi où à tour de rôle,
chaque femme prépare un repas, partagé ensuite
par les femmes et leurs enfants. Elles retrouvent la coutume
qui veut que les femmes vaquent ensemble à leurs occupations
quotidiennes. En effet, un des changements importants dans
l’émigration est le fait qu’en Afrique,
les hommes et les femmes vivent, pour l’essentiel, dans
des espaces séparés. Les hommes parviennent
à reconstituer cet usage dans le pays d’accueil
: ils se rencontrent dans les foyers, les lieux publics. Les
femmes, elles, en arrivant en France ne disposent que de l’espace
domestique, ce qui les voue à une solitude majeure,
non sans conséquences psychologiques. |
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Cet
espace est favorisé et organisé autour d’un
repas, comme pour confirmer le dicton qui dit : « Dis
ce que tu manges, je te dirai ce que tu es. »(Brillat
Savarin). L’alimentation est un fait culturel, donc
social. Dans les sociétés africaines, les repas
sont pris en groupe, au même moment, et dans un espace
familial commun. Ce fait permet d’établir des
liens de confiance et d’entraide. Ainsi, chaque membre
est responsable du renforcement de la cohésion du groupe
et de son épanouissement. Les repas pris ensemble à
l’association favorisent le rapprochement entre les
membres. Ces rencontres permettent l’éveil de
leurs émotions, leurs souvenirs et leurs histoires
personnelles.
Chaque samedi, une quinzaine de femmes en moyenne se retrouvent,
ce nombre pouvant atteindre une trentaine. Certaines d’entre
elles viennent accompagnées de leurs enfants.
Les échanges spontanés sont toujours diversifiés
avec cependant des thèmes récurrents : la polygamie,
les relations conjugales, l’éducation des enfants,
la santé, les informations sur le pays d’accueil.
Le groupe continue à être très mobile:
les femmes sont très assidues pendant une période
puis, du fait d’autres occupations cessent de venir
pendant quelques mois puis reviennent.
Immédiatement et spontanément, les règles
qui régissent les relations entre les personnes en
Afrique, en fonction de leur âge sont mises en œuvre
: les femmes les plus âgées sont appelées
« maman » ou « tantie » par les autres
; mais l’animatrice du groupe est appelé «
grand-mère ».
Une femme touchée par le HIV témoigne: «
Quand je viens ici, je vois mes amies, je suis contente. Quand
je reste seule je suis isolée, je réfléchis
beaucoup. Quand je les voies, je pense qu’elles ont
le même problème que moi et que vous les avez
consolées, et c’est la même chose pour
moi. »
La diversification des activités
Avec le temps, les espaces de rencontres se sont diversifiés
et se sont centrés autour d’activités
comme la couture, la poésie, l’initiation au
français, l’informatique.
Il faut noter que ce ne sont pas forcément les mêmes
femmes qui participent à toutes les activités.
Chacune intègre telle ou telle activité en fonction
de son parcours, de sa problématique et de ses projets.
La prise en compte de la spécificité de chacune
permet de mieux cibler l’aide à lui apporter,
de la moduler en fonction des nouvelles demandes faites par
les femmes, en lien avec leur évolution.
Lors de ces ateliers, les femmes discutent, s’entraident
et se donnent des conseils comme au village entre sœurs
ou entre nièces et tantes. La cuisine et la couture
permettent à chacune de montrer ses savoir-faire. Ainsi,
elles se valorisent. Cela leur permet aussi d’être
actives au lieu de rester chez elles à se lamenter
à se morfondre.
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