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Le groupe de parole des enfants
Les mamans, en retrouvant le groupe qui leur fait tant défaut
dans le quotidien, trouvent un moment où elles peuvent
se ressourcer et se dégager du poids des contraintes
matérielles et psychologiques, où elles peuvent
à leur tour trouver de l’appui et recevoir des
autres. Comme elles viennent avec leurs jeunes enfants, elles
ne se sentent plus disponibles à ce moment là
pour continuer à assurer leur travail de mère,
elles ont besoin d’un moment pour elles.
De plus, au village, les enfants apprennent très tôt
à vivre au sein de leur propre groupe de pairs, ce
qui accroît leur indépendance. Mais, dans le
pays d’accueil, les choses sont différentes et
les enfants n’ont pas d’autres ressources que
l’agitation lorsqu’ils voient leur maman tellement
absorbée avec le groupe qu’elle semble ne plus
se soucier d’eux. En effet, ils se sentent abandonnés
et réagissent souvent par des troubles du comportement
importants et semblent même se désorganiser psychiquement.
Ce, d’autant que beaucoup de mamans traversent des périodes
de dépression au cours desquelles elles ne semblent
s’animer que lorsqu’elles retrouvent leurs sœurs
sociales.
Dès lors, il est apparu essentiel d’apporter
aux enfants une présence contenante qui leur permette
de ne pas se sentir lâchés. Cependant, il ne
s’agissait ni de faire de l’animation puisque
l’expérience antérieure a montré
que le cadre d’URACA ne s’y prêtait pas,
ni de faire de la garderie. Un espace de parole a été
crée. Désormais, il importait surtout d’être
là, d’être attentif et à l’écoute
de ce que les uns ou les autres avaient envie de dire.
Une fillette de 4 ans vint se confier : « tu vois comme
mes yeux sont rouges, j’ai tout le temps envie de pleurer.
»
Une autre fillette saisit ce temps, cet espace pour interroger
le sens de ce qui l’entoure « c’est quoi
Pâques ? », ce qui lui fait peur, la mort, la
vieillesse « Quand est-ce qu’on va mourir ? c’est
quoi être vieux ? »
Un garçon de 9 ans parle de ses projets d’avenir
« être infirmier » et confie sa perplexité
à vivre dans un pays alors que ses parents sont nés
ailleurs.
Une femme a témoigné : « Les enfants aiment
venir à URACA, parfois, même si je ne veux pas
venir, ils demandent d’y aller, et nous y allons. Ils
aiment beaucoup être là, ils jouent beaucoup
et sont heureux d’y être. »
Cet espace temps de parole (individuel ou en petit groupe
formé spontanément) a donc été
utilisé par chacun d’entre eux d’une manière
spécifique, comme un temps de nourrissage accueillant
à la fois leur questionnement, l’évocation
de leurs peurs, désirs… A la parole a parfois
a été associé le dessin, support venant
faciliter l’expression orale.
Paroles de femmes
Mon Père
Père, mort subitement un dimanche.
Mon père qui aimait ses enfants les surveillait de
près.
Quand je pense qu'un jour,
j'ai eu une mise à pied dans mon travail.
Alors mon père, tu n'arrêtais pas de me faire
des reproches et de me fournir des conseils pour la vie.
Tu me donnais souvent ton exemple du père calme et
doux que tu étais toujours devant ton poste de radio
et avec ton journal pour suivre les informations.
Je pense toujours à toi qui m'aimais et qui n'arrêtais
pas de me fournir de conseils,
me mettais sur une bonne voix en corrigeant mes erreurs.
Suite à ton éducation et à tes conseils
qui ont fait ce que je suis aujourd'hui quand je pense à
ta mort,
j'ai toujours des larmes aux yeux.
Que ton âme repose en paix !
Marie DIANGANA
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Mon Père
Mon père était un grand nomade.
Ma mère est décédée
une semaine après ma naissance.
C'est mon arrière grand-mère
qui m'a élevée.
À son décès, ma grand-mère
continua mon éducation.
À mes douze ans,
mon père se présenta à la maison.
Depuis ce jour, ses apparitions
bien qu'espacées se renouvelèrent.
À chaque visite, ce sont nos larmes
qui se joignaient et s'entremêlaient
fleuve intarissable qui emportait
nos pensées et nos rêves mutuels.
Les rencontres étaient souvent brèves.
Aussi, je n'osais t'accabler de ma misère.
Je vivais uniquement L’instant magique
de nos retrouvailles !
Aïssata MAÏGA
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Mon Père
Mon père était le chef du village
Il était craint et respecté.
Chez nous le chef de famille
ne meurt jamais au village.
Quand il prend la tête d'une famille
on lui construit une maison en terre
que L’on appelle en bambara "Bilisö".
Elle est recouverte d'une toiture faite
avec des troncs d'arbustes.
L’année où cette toiture s'écroule
c'est le signe annonciateur
de la mort prochaine du Chef de famille.
Quand la toiture du "Bilisö"
de mon père s'est écroulée
il a demandé a son fils aîné de le suivre.
Ils sont partis dans la grande ville de Kayes.
Arrivée là bas,
Il a eu une forte diarrhée
qui L’a conduit à L’hôpital
où il est mort.
Sadio Diarra
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Mon Grand-Père
Je le revois encore mon grand-père
avec de grands yeux de biche.
Sans lumière, car il était aveugle !
Il n'a admiré aucun visage de ses
enfants, ni de ses petits enfants.
Il était très beau, très grand et costaud
comme on dit en bambara :
"San Faa, Dugu Faa" - remplir la terre et le ciel.
Un bel homme sans vue !
Il a offert ses yeux en échange
de connaissances divines et mystiques
qui lui ont permis de protéger
sa descendance, même au delà des mers.
Je le revois,
allongé à L’ombre d'un kolatier
entrain de croquer de mâcher
une cola blanche
couleur de L’invisible, de la paix.
Ainsi allongé il ressemble
à un dieu au repos.
Qu'est qu'il était beau cet homme !
STEPHANIE
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